Les Lions Grecs de l'Arsenal de Venise

_MG_9089

Quatre lions trônent à l'entrée de l'Arsenal de Venise. Celà semble tout à fait évident dans un endroiti où le Saint Patron est Saint Marc, représenté symboliquement par le lion. Mais ce qui est intéressant à propos de ces lions vénitiens, c'est leur histoire, pas du tout vénitienne, mais grecque

Le Lion du Pirée est une prise de Guerre de Francesco Morosini en 1692. Il gardait l'entrée du port d'athènes.

francescomorosini

Ils fut ramené à Venise en 1687 par le Péloponnésiaque, le futur Doge Francesco Morosini. Morosini commandait les troupes qui devaient reconquérir le Péloponnèse aux Turcs. Les Turcs étaient retranchés dans le Parthénon. Francesco Morosini fit pointer un mortier sur le mont Mouseion, l'actuelle colline de Philopappos, et tirer sur l'Acropole et son Parthénon. Le 26 septembre 1687, comme les Turcs avaient entreposé leurs munitions, poudre et autres explosifs., un boulet du mortier toucha directement la poudrière. La “cella” et la frise du Parthénon furent presque entièrement détruites. Sur le côté Nord du Parthénon, huit colonnes furent également rasées ainsi que six autres sur le côté sud, entablements inclus. Avant lui le Doge Enrico Dandolo, en volant les chevaux de la Basilique Saint Marc à Constantinople Morosini, avide de gloire et de gloriole demanda donc à ses troupes, d'enlever du fronton Ouest du temple du Parthénon, le chariot d'Athéna et son attellage. Athéna et l'attelage tombèrent au cours de l'opération et furent réduits à l'état de cailloux. Qu'à cela ne tienne, Morosini ayant déjà détruit au mortier ou à la main une bonne partie du Parthénon, se rabattit sur le Lion du Port du Pirée, un port dénommé justement, et pour cause, “le Port du Lion”.

Sans_titre_2

Lion du Pirée (le seul à gauche)

Au pied du lion du Pirée on peut d'ailleurs lire :

“FRANCISCVS MAVROCENVS PELOPO
-NESIACVS EXPVGNATIS ATHENIS MAR                                 
MOREA LEONVM SIMVLACRA TRIVM                                                                                                        PHALI MANV È PIRÆO DIREPTA IN
PATRIAM TRANSTVLIT FVTVRA VENE
TI LEONIS QVÆ FVERANT MINERVÆ
ATTICÆ ORNAMENTA”

Ce lion en marbre pentélique (montagne au Nord d'Athènes d'où fut extrait, dès 570 avant Jésus Christ, du marbre blanc de grande qualité. Il avait servi à la construction des différents monuments de l'Acropole (ainsi qu'à d'autres monuments et temples d'Athènes) est particulièrement grand et imposant. Il aurait servi de fontaine publique. Cette théorie souffre néanmoins du fait que lorsque l'on l'examine, on ne voit pas du tout par où l'eau pouvait sortir. La bouche est en effet bien close, sans aucun trou, même rebouché, tout comme le reste du corps du lion.

Le Lion de la Voie Sacrée
Le second lion couché à droite de l'entrée de l'Arsenal, provient quant à lui de la Voie Sacrée, la voie Lepsina, qui reliait Athènes à Éleusis. Il fut aussi ramené à Venise en 1687 par Francesco Morosini.  Le Sénat vénitien fit graver sur le socle du lion, en 1692, l'inscription :
“ATHENIENSIA VENETÆ CLASSIS
TROPHŒA VENETI SENATVS
DECRETO IN NAVALIS
VESTIBVLO CONSTITVTA”

_MG_9093

Le lion de la Voie Sacrée Lepsina

Des Vieux Lions de 2.600 ans d'âge !
Les deux autres lions, nettement plus petits sont également à des trophées guerriers.

Ils sont dénommés lions de Dandolo, du nom du fameux Doge Enrico Dandolo, qui avait déjà ramené le quadrige de la Basilique Saint Marc à Venise et aurait donc profité de son pillage à Constantinople pour ramener aussi ces deux petits lions.

dandolo                

Doge Enrico Dandolo

_MG_9046
Quadrige de la Basilique Saint Marc

Ces deux lions, avec d'autres, décoraient une terrasse sur l'île de Délos.  La République de Venise décida donc de s'en servir pour rappeler ses grandes victoires militaires. Ces lions grecs se retrouvent donc également devant l'entrée de l'Arsenal Militaire, à côté de ceux du Péloponnésiaque.

Le premier de ces deux lions, celui du centre, est assis.

_MG_9092_2
Lion de Délos

Sur son socle on peut lire l'inscription :
“ANNO CORCYRÆ
LIIRATÆ”
qui rapelle la victoire des vénitiens à Corfou en 1716.  Ce lion serait une sculpture de l'école grecque antique de Naxos, du VIème siècle avant Jésus-Christ.  On trouve à ses côtés le Lion Dandolo de Délos